renouveaugeneve_avez-vous_recu_esprit-saint_quand_vous_avez_cru_640x558

Avez-vous reçu l’Esprit-Saint quand vous avez cru ?

(Actes 19, 2)

Quand, dans ma jeunesse, je lisais la Bible et tombais sur ces passages, qui nous parlent du baptême de l’Esprit-Saint et du parler en langues, j’étais interrogatif. Ne pouvant trouver de réponse satisfaisante dans mon cercle ecclésial d’alors, qui se méfiait, pour le dire poliment, de toutes manifestations « charismatiques », j’en étais réduit à mettre ces textes de côté.

Je faisais erreur, car je questionnais des personnes qui n’avaient pas vécu ce baptême. C’était comme demander à une personne malvoyante de me décrire un tableau : cela n’avait pas de sens. Ayant compris mon erreur, j’ai recherché des interlocuteurs qui avaient reçu cette grâce et qui pouvaient me partager leur expérience.

Je constatai alors que, si l’Esprit-Saint accordait ces grâces comme Il le souhaite, et que donc, chacun recevait ce don d’une manière personnelle et particulière, il y avait presque toujours une manifestation commune à un moment donné ou un autre, le parler en langues.

À ceux qui ont soif de comprendre, de connaître, nulle description ne remplacera jamais l’expérience personnelle qui s’inscrit dans une rencontre intime avec l’Esprit-Saint, Esprit du Père et du Fils, Esprit qui fait de nous des fils et qui nous porte à crier Abba ! Père !

Je me propose néanmoins de partager avec vous ce qu’en dit un homme de science genevois, le professeur Gold-Auber, chercheur scientifique en chimie pharmaceutique, qui a enseigné pendant 21 ans à l’université de Genève, donnant de nombreuses conférences scientifiques mais aussi sur des thèmes liés à la foi.

À l’écoute de son témoignage, j’espère que vous serez, tout comme moi, émerveillés de l’inspiration de ces paroles qui m’ont fait penser à Saint François d’Assise, chantant la beauté de la création.

« Au-delà de la pensée de l’homme, il y a comme d’immenses régions inexplorées, où l’on peut se plonger dans l’Amour. Lorsque la joie de Dieu nous étreint, et que cette expérience privilégiée a été faite une première fois, il ne faut pas cesser de la revivre. Nous avons été transportés ce jour-là à l’orée de la forêt enchantée… il serait stupide d’avoir peur d’entrer, de l’explorer davantage et d’en faire sortir, pour les autres, les trésors même de Dieu : les visions ou les messages prophétiques.

Nier qu’elle soit expérimentale – et informelle – c’est nier que Dieu soit invisible. C’est se former un Dieu à notre image, c’est-à-dire accessible, et finalement un simple et bon intellectuel supérieur à Dieu – l’Amour parfait – est infiniment supérieur à une pensée ou à des formules. Et nous devons, pour pénétrer dans son vrai univers, nous débarrasser du formel. Les cartésiens que nous sommes, par une éducation matérialiste et basée sur nos seuls sens, sommes de plus en plus imperméables à ce dépassement de l’expression.

Si je parle à Dieu, comment lui dirais-je sa bonté, sa grandeur, l’amour que je ressens pour lui ? Serait-ce par des mots ordinaires ? Ils sont étonnamment limités. Déjà pourtant, ces mots alignés vous expriment qu’il y a autre chose. Déjà l’Esprit qui est en vous vous fait espérer davantage. Avec moi, en suivant ces lignes, vous élevez vos âmes vers le lieu très saint. J’aimerais que vous y entriez un moment et plongiez dans l’allégresse de Dieu…

La forme du langage est un moyen d’expression. Il n’est pas valable en lui-même, mais l’autre par son intermédiaire reçoit quelque chose de notre pensée. Les langages sont innombrables, montrant ainsi leur insuffisance pour exprimer la pensée humaine. Combien plus la pensée de Dieu. L’au-delà de l’homme, c’est le plongeon en Dieu ; c’est l’Amour exprimé à l’Amour.

« Joie, joie, pleurs de joie ! » disait Pascal. C’est l’Expérience. J’entre en Dieu et Dieu en moi. Je balbutie d’amour ; alors, petit enfant blotti dans le Père, je goûte son affection. J’aime seulement. J’adore ; et, dit Jésus à une femme très quelconque (nous dirions, bonnes gens religieuses que nous sommes, « très perdue ») : « Ce sont les adorateurs que le Père attend ». Les informels. Pas ici, pas là – mais les vrais, les blottis de joie et de confiance, ceux qu’il tient bien fort dans ses bras, comme le père a pris l’enfant prodigue.

Alors je parle, je m’arrête de parler, je balbutie n’importe quelles syllabes, j’entre en Amour. Et le flot de joie se développe. Je fais quelques pas dans la forêt enchantée. J’y vois, déjà mieux, une nouvelle dimension ; la lumière de Dieu s’exprime en moi en soupirs inexprimables. Alors je devine, plus encore que je n’exprime. J’ai franchi le pas de l’au-delà du formel.

Je chante – ou je ris – ou j’éclate. Sa bonté vient en moi. Elle est si grande et si forte qu’elle va m’être précieuse, plus que tout. Elle va m’aider à tout supporter de la part de « ceux qui ne savent pas ce qu’ils font ». Père, tu leur pardonnes – bien sûr je leur pardonne. J’aime. Enfin. Dieu est en moi, et je suis en lui.

Alors le chant monte. Il est aussi informel que mes paroles. Il dit Alléluia – c’est déjà un langage étranger, presque informel, parce que je ne me soucie plus de son étymologie. Il dit Hosanna. Il dit je ne sais quelles paroles ; un chant d’amour. Où je vais mettre toute ma capacité d’allégresse, maladroite. Ridicule. Mais mon cœur jaillit. « Pourquoi, dit Jésus à Judas, fais-tu de la peine à cette femme ? Ce parfum, c’est pour ma sépulture qu’elle le répand. On va répéter partout dans le monde ce qu’elle a fait ». Elle a chanté de reconnaissance et d’amour ; ça n’avait plus de forme, plus de formule ; ça parfumait à l’excès, ça jetait l’argent par les fenêtres ; ça pénétrait toute la maison ; ça restait déjà sur le cadavre de Jésus ; ça remplaçait et chassait l’odeur de la mort. Ça transfigurait le cadavre. D’avance, ça le ressuscitait …

Ce grognon « cartésien » de Judas n’y comprenait rien. C’est par cette dureté de cœur qu’il livrait déjà Jésus aux bourreaux.

Comprendre l’ineffable ; entrer dans l’informel – chaque jour – à tout moment – c’est joindre la matière et l’Esprit, c’est ponter Dieu et la terre. C’est l’Amour retrouvé dans l’innocence. C’est vivre avec Jésus dans le Père. C’est laisser couler l’Esprit inspirateur. Renouvelant. Dépassant la lettre qui nous tue… (que d’imprimés, même les meilleurs, dans ma boîte aux lettres chaque jour !). Le renouvellement de l’Esprit chaque jour – pas sur cette montagne, ou à Jérusalem, ou dans cette salle, ou dans cette région bien spéciale, ou chez le grand pasteur Untel… mais dans ma voiture au milieu des embouteillages, derrière une porte, dans ma chambre à coucher, en marchant, quand l’autre me dit du mal de quelqu’un.

Là, l’Esprit me lie à Dieu ; je rebalbutie l’Amour. La forêt enchantée et ses merveilles me livrent ses secrets. J’adore un bref moment d’éternité. Je vis Dieu.

Il n’est pas difficile d’entrer. Il faut renoncer à ma pensée à moi. Être bébé avec Dieu, et Dieu me fera fils, il m’aimera pour ma confiance. Il ouvrira les portes, il agira par les événements. Par son aliment spirituel, il m’inspire neuf, et chaque jour, et à tout moment. « Je m’édifie moi-même… »

Et bien sûr, je ne suis pas seul à louer ainsi. Ensemble, que c’est beau ! Que c’est foi. Que c’est (enfin) au-delà de la formule, de la forme ! De la (déjà) belle musique classique. Au-delà de la musique écrite. À la recherche de l’harmonie collective. C’est la possibilité de vivre le Corps du Christ. Le cantique des saints dans la gloire. Souvent ce ne sont que de petits bébés ensemble, écoutez-les dans une maternité, c’est discordant. On sourit, ils vagissent ensemble ! On pardonne : bientôt ils seront capables de parler ensemble, de chanter ensemble un cœur de Bach. Bientôt ils feront mieux que Bach, ils chanteront en Esprit !

Le chant informel collectif est le sommet vers l’ineffable joie. C’est le cantique nouveau. Le cantique de l’Agneau. Ceux qui ont immolé leur pauvre vie et la répandent pour Dieu, qui ne veut plus rien d’autre que lui. Moments rares encore, nous les vivons parfois. Et quand on prie longtemps ensemble, et que ces cadeaux nous surviennent parce que tous nous ne voulons plus que Dieu, alors nous pique-niquons dans une merveilleuse clairière de la Forêt Enchantée, avec Dieu même : Père, Fils et Saint-Esprit.

L’allégresse d’être avec lui. La vouloir. Diriger tout en mon âme pour qu’elle puisse se manifester, et que tous les autres soient bénis, bons ou mauvais, dans le filet de Dieu. Quand j’aurais tous les dons, et toute la connaissance, et que je ferais tous les miracles imaginables, si je n’ai pas ÇA, cela ne me sert de rien.

« Qu’il est bon, Seigneur, d’être blotti en toi ! »

Alléluia…

Denis FORNERONE