renouveaugeneve_dieu_a_le_temps_2048X1536

DIEU a le Temps

À l’image de cette barrière, placée au début du confinement pour marquer une frontière champêtre, bien visible à son début et maintenant presque disparue sous la lente poussée des herbes devenues hautes, nous indique que le temps à lui aussi besoin de prendre son temps pour faire son œuvre en nos cœurs.

Dieu a le temps et ce temps n’est pas le nôtre. Notre grande épreuve, en tant que chrétien est de faire confiance, malgré le silence apparent de Dieu. Cette épreuve du temps et du silence (Ap 8;1) est clairement la plus grande épreuve que nous ayons à vivre en cette terre, car elle réclame notre foi et notre adhésion entière, une foi qui est plus précieuse que l’or et qu’on éprouve par le feu (1P 1;7).

Combien de fois nous attristons-nous, nous désespérons nous, en pensant à un être cher que nous voyons « perdre son temps » dans ce qui ne nourrit pas, dans ce qui ne sauve pas ? Es 55;2

Certains semblent « consacrés » dès le ventre de leur mère, alors que d’autres doivent attendre d’être aux côtés de Jésus sur la croix pour embrasser le Christ, à l’image du bon larron, d’abord révolté, mais ensuite repentant et quémandeur de la grâce divine.

Ne nous leurrons pas, nous sommes tous sur la croix que de même nous portons, tous nous sommes crucifiés en cette vie. Mais à l’image du Christ, celui qui garde la foi pour faire la volonté du Père, sait qu’elle est son espérance et confirme que son joug est facile à porter et son fardeau léger (Mt 11;30), il sait « que les souffrances du temps présent sont sans proportion avec la gloire qui doit être révélée en nous. » Rm 8;19

Dieu a le temps et les chemins de chacun n’empruntent pas tous le même itinéraire. Bien sûr, nos cœurs souffrent de les voir faire apparemment fausse route, mais peut-être faut-il accepter que ces détours leur soient nécessaires afin qu’ils creusent en eux une vraie soif de vérité et d’amour.

Certains, me direz-vous en me montrant le mauvais larron, même dans les pires tourments de la croix, ne parviennent apparemment pas au salut, les épreuves de la vie ne leur ont pas suffi.

Dieu à le temps et son temps n’est pas le nôtre. Je me répète, direz-vous ! Oui, car ce message est tellement contre notre nature humaine qui réclame de voir, qui veut constater et mettre les doigts dans les marques de ses clous (Jn 20;25), qu’il nous faut nous le redire constamment. C’est le combat de la foi.

Alors, qu’en est-il du mauvais larron, de celui qui, malgré les souffrances de cette vie n’a montré aucun signe de repentir, aucune inclination au divin ? Son destin, est-il scellé ?

Permettez-moi de croire que non. M’appuyant avec confiance sur les paroles mêmes du Christ quand il dit que tout péché à l’exception du blasphème contre le Saint-Esprit sera pardonné dans cette vie et dans le monde à venir (Mt 12;31-32), je ne peux que comprendre qu’un pardon est encore possible dans ce passage de la mort dont nous parle admirablement Sainte Faustine ainsi que Joseph Ratzinger, ou, dans son encyclique, Spé Salvi 47 il nous livre un véritable poème théologique. Je vous livre ces deux passages si riches d’espérance.

« La rencontre avec Lui est l’acte décisif du Jugement. Devant son regard s’évanouit toute fausseté. C’est la rencontre avec Lui qui, nous brûlant, nous transforme et nous libère pour nous faire devenir vraiment nous-mêmes. Les choses édifiées durant la vie peuvent alors se révéler paille sèche, vantardise vide et s’écrouler. Mais dans la souffrance de cette rencontre, où l’impur et le malsain de notre être nous apparaissent évidents, se trouve le salut. Le regard du Christ, le battement de son cœur nous guérissent grâce à une transformation certainement douloureuse, comme « par le feu ». Cependant, c’est une heureuse souffrance, dans laquelle le saint pouvoir de son amour nous pénètre comme une flamme, nous permettant à la fin d’être totalement nous- mêmes et avec cela totalement de Dieu. » Joseph Ratzinger, Spé Salvi 47

« J’accompagne souvent les âmes agonisantes et je leur obtiens la confiance en la miséricorde divine, je supplie Dieu de leur donner toute la grâce divine, qui est toujours victorieuse. La miséricorde divine atteint parfois le pécheur au dernier moment, d’une manière étrange et mystérieuse. À l’extérieur c’est comme si tout était perdu, mais il n’en est pas ainsi ; l’âme éclairée par un puissant rayon de la grâce suprême, se tourne vers Dieu avec une telle puissance d’amour, qu’en un instant elle reçoit de Dieu le pardon et de ses fautes et de leurs punitions, et à l’extérieur elle ne nous donne aucun signe de repentir ou de contrition, car elle ne réagit plus aux choses extérieures.

Oh ! Que la miséricorde divine est insondable. Mais horreur – il y a aussi des âmes, qui volontairement et consciemment rejettent cette grâce et la dédaignent. Bien que cela soit déjà l’agonie, Dieu miséricordieux donne à l’âme ce moment de clarté intérieure, et si l’âme le veut, elle a la possibilité de revenir à Dieu. Mais parfois, il y a chez les âmes un tel endurcissement, qu’elles choisissent consciemment l’enfer ; elles font échouer toutes les prières que d’autres dirigent vers Dieu à leur intention, et même les efforts de Dieu… » Petit journal de Sainte Faustine N° 1697.

Oui, cette rencontre que nous ferons tous au moment où nous fermerons les yeux à cette terre sera, et alors seulement, l’ultime moment où nous pourrons encore « mettre toute notre espérance dans la grâce qui doit nous être accordée » 1P 1;13

Gardons donc confiance en la puissance de cette grâce qui nous sera révélée, sachant que Jésus fera tout pour nous attirer à lui, « ne voulant pas que quelques-uns périssent, mais que tous parviennent à la conversion (au retour à Dieu) 1P 3;9.

DENIS

Lien pour la version PDF