enouveaugeneve_route_eglise_800x500

L’homme route de l’Eglise

« L’homme est la première route que l’Église doit parcourir en accomplissant sa mission : il est la première route et la route fondamentale de l’Église, route tracée par le Christ lui-même, route qui, de façon immuable, passe par le mystère de l’Incarnation et de la Rédemption » Jean-Paul II – Redemptor Hominis

Les paroles de Saint Jean-Paul II, lors de sa première année de pontificat, nous interpellent aujourd’hui tout autant qu’au sortir de Vatican II.

Parce que nous avons la mémoire courte et oublions l’histoire, nous pensons que jamais la barque de Pierre n’a été autant chahutée, aussi prête à sombrer dans la tempête déchaînée, menacée d’être engloutie par les vagues de scandales en tous genres.

Au milieu de ces drames, des aboiements lancent l’alarme de tous les bords de l’Église, se faisant même menaçants. Certains n’hésitant pas à  expliquer les raisons de cet effondrement et même à en donner les remèdes.

À tribord, les tenants traditionalistes ne jurent que par la messe en latin et au règne visible de l’Église sur toutes les nations en restaurant l’Église de nos pères. À bâbord, on ne voit pas comment l’Église pourrait s’en sortir sans marier ses prêtres et désacraliser le peu qu’il reste de sacré en passant le tout par le broyeur de la science « historico-critique ».

Il faut bien reconnaître que tout ceci n’est qu’un raccourci et manque cruellement de nuances ; ces sujets épineux mériteraient d’être développés, mais la question reste posée, que pouvons-nous faire ? N’est-il pas temps de remettre l’Église au milieu du village et l’homme à sa juste place ?

Il nous faut retrouver la place que Dieu a donnée à l’homme et, pour cela, la meilleure manière est de contempler le mystère de l’incarnation. Le Père, Créateur du ciel et de la terre, s’incarnant dans la chair pour montrer combien l’homme est précieux à ses yeux. Le Dieu des cieux, qui n’a ni commencement ni fin, se fait homme de douleur et donne sa vie sur la croix. 

Comment mieux dire la place de l’homme dans le cœur de Dieu ? Comment lui montrer davantage son amour ?

Il est temps, comme toujours, de retourner à l’essentiel, comme nous le dit Saint Paul : « je n’ai pas jugé bon de savoir autre chose parmi vous que Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié » 1 Cor 2 :2.

L’Église, notre mère à tous, a pour mission de nous diriger vers le Christ pour nous redire l’amour du Père ; pour cela, elle se doit de réquisitionner l’intelligence de tous ses enfants. Sans rien lâcher de ce qui fait sa force et sa richesse, elle doit se faire tout à tous afin d’en gagner le plus grand nombre.

Le champ de bataille est vaste et nécessite les talents de chacun. Science et foi doivent marcher ensemble comme deux affectionnés, dit Saint Thomas d’Aquin. La simplicité et la joie franciscaine ne peuvent faire l’économie de la réflexion dominicaine ; la prière silencieuse de nos moines et moniales est un écho aux éclats de la louange charismatique. 

Nous ne sommes pas appelés à retrancher de nos forces vives, mais à accueillir toute la richesse de l’Église en ses diverses expressions et sensibilités. C’est ce que nous dit Saint Paul : « Car, comme le corps est un et possède plusieurs membres, et comme tous les membres du corps, malgré leur nombre, ne forment qu’un seul corps, ainsi en est-il du Christ. » 1 Cor 12 :12.

Alors, que ce soit en soutane ou en jeans, relevons nos manches pour travailler et parvenir ensemble « … à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature parfaite du Christ ». Eph 4 : 13.

Ainsi fait la véritable Église de Dieu, elle travaille à la réhabilitation de l’homme en le relevant par le Christ, en le fortifiant par l’Esprit-Saint. Elle rappelle à chacun sa vocation à la vision béatifique à laquelle tout homme est invité.

Denis FORNERONE